Nicolas Goulet et Lauriane Proulx
Nicolas Goulet et Lauriane Proulx (diplômée en médecine dentaire), 69es membres Les Cent-Associés. Photo : Jérémy Goulet.

Lauriane Proulx et Nicolas Goulet

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« Les technologies qui sont offertes aux étudiantes et étudiants doivent suivre le niveau du milieu clinique, afin de mieux les préparer lorsqu’ils arriveront sur le marché du travail »

Il existe une étrange habitude, chez beaucoup d’entre nous, de remettre les grandes décisions à plus tard. Des projets « quand on aura le temps ». Les engagements que l’on prendra une fois la carrière bien établie, les enfants devenus grands et la vie au ralenti.

Lauriane Proulx et Nicolas Goulet semblent avoir choisi une autre trajectoire.

Tous deux dans la trentaine, ils ont deux jeunes enfants, des entreprises à faire grandir, des journées qui ne semblent jamais assez longues. Mille projets encore devant eux. Pourtant, le couple vient de poser un geste d’exception : un engagement philanthropique d’un million de dollars destiné à la Faculté de médecine dentaire et à la Forêt Montmorency. Ce double don fait du couple les 69es membres du programme Les Cent-Associés de l’Université Laval.

 

L’appétit des possibles

Malgré leur jeune âge, ils possèdent un rare bagage d’expérience, qui les fait avancer dans la vie avec une étrange conscience du temps. Qu’est-ce qui fait que, avant d’autres, certains semblent avoir déjà tant vécu?

Chez Nicolas, la réponse tient en un seul mot : l’envie d’entreprendre. Déjà à douze ans, il est camelot au lever du jour, tond des pelouses l’après-midi et dévore les pages financières des quotidiens qu’il distribue. La bourse l’intéresse autant que l’histoire, les chiffres lui viennent aussi naturellement. « Malheureusement je m’ennuyais souvent en classe. Mais quand un sujet m’intéressait, tassez-vous de là », se souvient-il.

À seize ans, il s’engage dans les Forces armées canadiennes. Puis, il entreprend un baccalauréat en administration à l’Université du Québec à Trois-Rivières tout en poursuivant sa carrière militaire, qui le mènera à devenir officier de guerre navale — un des métiers les plus exigeants qui soient. Loin des siens pendant des mois, le stress, l’urgence et la gravité des situations ne souffrent ni approximation ni hésitation.

Pendant ses études, deux mondes se superposent. Les départs en mer alternent avec les sessions universitaires. Nicolas revient parfois deux jours avant la reprise des cours, et les fins de semaine, repart pour des formations jusqu’à Victoria, sur l’île de Vancouver. Il s’implique même en politique. Son horaire, admet-il, ressemble alors à celui d’un premier ministre : « Dans la vie, ce qui est difficile, ce n’est pas choisir ce que tu vas faire. C’est choisir ce que tu ne feras pas. » Cette phrase résume à elle seule son parcours atypique.

Depuis, ses projets entrepreneuriaux et sa carrière en services financiers lui procurent le même mélange d’adrénaline, d’action et d’élan. C’est pourtant une tout autre manière d’avancer qui l’attendait.

 

Quand deux trajectoires se répondent

Lorsqu’il rencontre Lauriane, un soir où elle fête son anniversaire et où lui est de retour à Québec, leurs parcours semblent presque opposés. Nicolas multiplie les départs et arrivées; Lauriane poursuit sa route avec une remarquable constance, complétant une résidence multidisciplinaire après l’obtention de son doctorat en médecine dentaire à l’Université Laval. Très tôt, elle savait qu’elle ferait carrière dans le domaine de la santé. La médecine dentaire réunit tout ce qu’elle recherche : la science, le contact humain, mais aussi une dimension entrepreneuriale.

Véritable force tranquille, Lauriane est d’une autre nature que son conjoint. Plus discrète, mais d’une détermination peu commune. Au cégep, elle aura mené de front des études exigeantes et la nage synchronisée de compétition. Suivront les études universitaires, les débuts dans la profession et le grand saut en affaires, en devenant propriétaire de la Clinique dentaire Avenue Royale, à Beauport. Le tout en parallèle de la vie avec de jeunes enfants. À voir son parcours, on pourrait oublier tout ce qu’il a fallu pour y parvenir. « Les gens voient ce qu’on a. Ils ne voient pas ce qu’on a fait », précise-t-elle. Nicolas confie : « C’est la femme la plus forte que je connaisse. »

Lorsqu’elle évoque son passage à la Faculté de médecine dentaire de l’Université Laval, Lauriane parle beaucoup moins de ses réussites que des personnes qui l’ont marquée. Des professeurs disponibles qui, malgré des horaires impossibles, trouvaient le temps d’observer, de répondre à une question ou de rassurer.

 

Ce qu’enseigne l’expérience

Ce qui frappe chez Lauriane et Nicolas, ce n’est finalement pas la liste de leurs accomplissements. C’est la manière dont chacun complète l’autre. Cette complémentarité ne relève pas du hasard. Elle est devenue leur manière de traverser la vie, ensemble.

« Il faut savoir bien s’entourer, affirme Lauriane. C’est une des plus grandes leçons que j’ai apprises. On ne sait pas tout. Il faut être assez humble pour reconnaître ses propres limites et les forces des autres. »

Nicolas souligne pour sa part une valeur qui, chez lui, revient comme un refrain : l’authenticité. Les compétences s’apprennent. Les succès vont et viennent. Mais il ne pourra jamais côtoyer quelqu’un qui n’est pas profondément authentique. De ses dix-huit années passées dans la Marine royale canadienne, il aura aussi retenu que personne n’accomplit de grandes choses seul. Il retrouvera cette même intuition en découvrant la théorie des jeux popularisée par l’économiste John Nash. Elle démontre que lorsque des membres d’un groupe acceptent de collaborer plutôt que de chercher uniquement leur intérêt personnel, chacun en ressort avantagé.

 

Le temps d’agir

Cette philosophie irrigue aujourd’hui leur manière de vivre, d’entreprendre… et de donner.

Pour sa portion du don, Nicolas a tourné son regard vers la Forêt Montmorency. Le choix peut surprendre. L’homme qui aime les chiffres, les défis et l’entrepreneuriat trouve son refuge là où tout ralentit, dans la nature. Ayant grandi en région, au contact de la chasse, de la pêche et des grands espaces, il voit dans la forêt une richesse inouïe pour le Québec, un écosystème qu’il faut connaître et préserver. Son legs contribuera à soutenir un laboratoire à ciel ouvert, qui existait bien avant nous et qui devra continuer d’exister après nous.

Lauriane, de son côté, n’a jamais hésité sur la destination de son engagement. Ce serait la médecine dentaire. Elle sait à quel point la profession évolue rapidement et elle souhaite contribuer à moderniser les équipements d’enseignement. « Les technologies qui sont offertes aux étudiantes et étudiants doivent suivre le niveau du milieu clinique, afin de mieux les préparer lorsqu’ils arriveront sur le marché du travail », dit-elle.

Reste une question. Pourquoi faire un tel don maintenant, alors qu’ils sont au cœur d’une vie des plus actives, entre carrière, responsabilités et vie de famille? La réponse tient une fois de plus à leur rapport au temps. « Je pourrais mourir demain, déclare Nicolas. Alors pourquoi attendre? »

Le couple sait aussi que leur véritable richesse réside dans ce qu’ils portent en eux, ce qui a été forgé par des années de labeur, de sacrifices et d’apprentissages. Nicolas cite cette fois Le Comte de Monte-Cristo : « Tu peux tout perdre, dit-il en reprenant l’idée du roman. Mais tu peux tout recommencer. Ce que personne ne peut t’enlever, c’est ton savoir-faire, tes expériences, ta capacité à rebâtir. »

Leurs enfants, Victoria et Charles-Olivier, sont encore trop jeunes pour mesurer toute la portée du geste de leurs parents. Un jour, ils comprendront peut-être que ce legs raconte une certaine manière d’aborder le monde. Nicolas pense à son grand-père, qui a toujours su le guider en l’aidant à réfléchir et à prendre ses propres décisions. Lorsqu’il lui parlait d’un nouveau projet, il lui disait parfois : « À ton âge, je l’aurais fait. Aujourd’hui, peut-être plus. » Une phrase qui, en lui laissant la liberté d’agir, continue de l’influencer encore aujourd’hui.

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Sylvie Paquette

Sylvie Paquette

Diplômée - Actuariat (1981)

« J’ai toujours en tête les trois leviers de la philanthropie qui me guident dans mes actions et engagements : le temps, les compétences et l’argent. Selon l’étape où on est rendu dans la vie, on choisit un levier plutôt qu’un autre et tant mieux si on peut se servir de tous les trois ! »

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