Yves Proteau et Anne Théberge
Yves Proteau et Anne Théberge, 68e membres du programme philanthropique Les Cent-Associés

Yves Proteau et Anne Théberge

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Ce qui l’allume chez les gens, ce n’est pas le diplôme, c’est le cerveau. C’est le goût de se battre pour gagner. « Et quand je vois ça, je suis prêt à tout pour aider les autres à réussir ».

On imagine souvent qu’un don est une main tendue sans attente de retour. Yves Proteau n’a jamais vraiment vu les choses ainsi. Toute sa vie, il a donné de son temps, de son expérience, de sa confiance. Il a toujours espéré une chose de ceux qu’il aidait : « Rendez-moi fier. Impressionnez-moi. »

Cette phrase, il l’a répétée à des employés, à des collaborateurs, à de jeunes entrepreneurs. Aujourd’hui, elle accompagne le don d’un million de dollars qu’il réalise avec son épouse, Anne Théberge, pour soutenir Entrepreneuriat ULaval, le Lab Usine de la Faculté des sciences et de génie et l’Association étudiante en gestion des opérations et de la chaîne d’approvisionnement (AEGSO). Ensemble, ils deviennent les 68es membres du programme Les Cent-Associés de l’Université Laval.

 

L’Université, lieu de rencontres

Pour comprendre ce geste, il faut revenir plusieurs décennies en arrière.

En 1985, à l’Université Laval, Anne prend place dans une salle de cours de la Faculté des sciences de l’administration. Originaire de Péribonka, elle étudie en systèmes d’information, parmi les premières cohortes qui utilisent les ordinateurs. Dans la classe se trouve aussi Yves Proteau, qui vient de revenir d’un stage de maîtrise à Berkeley, en Californie. « Yves terminait ses études alors que je les commençais. Sa vie était tellement remplie et organisée, il fallait bien qu’il rencontre l’amour là », raconte-t-elle en souriant.

Trois ans plus tard, ils se marient. Et plus de quarante ans après leur première rencontre, ils avancent toujours côte à côte, entourés de leurs deux filles et de leurs petits-enfants.

 

Défier les conventions

Depuis tout petit, Yves aura chéri son « rêve californien ». Un rêve de liberté et de rébellion, sans contrainte. Cet endroit représente à ses yeux l’anticonformisme qui l’habitera toute sa vie. Lui-même dit être devenu « très punk, avec une mentalité révolutionnaire » lors de ses études en administration. Anne s’amuse de constater qu’il n’a jamais vraiment adopté les codes du monde des affaires, malgré les années passées à diriger des entreprises. Le veston? Très peu pour lui.

« Ce qu’on me présente, je ne l’accepte pas comme ça, explique-t-il. Je remets beaucoup en question, surtout ceux qui disent que quelque chose est impossible. » Les procédures ne l’impressionnent guère. Ce qui l’intéresse, c’est de comprendre pourquoi elles existent et si elles méritent encore d’être suivies.

À la sortie de l’université, alors que plusieurs de ses amis quittent la ville de Québec pour trouver du travail, Yves fait un autre pari. Il choisit de rester à Québec et de démontrer qu’il est possible d’y bâtir des entreprises d’envergure. La consultation lui permet d’abord de connaître du succès. Puis il se joint à Julien Inc., leader de la transformation de produits en acier inoxydable, où il participe à la croissance spectaculaire de l’entreprise. Plus tard il devient coprésident de APN Global, fondée par son père Claude Proteau, qu’il développe avec son frère selon ses principes d’excellence jusqu’à en faire une référence nord-américaine dans l’usinage de haute précision. C’est sans compter sa contribution au démarrage de plusieurs entreprises, dont Génétik Sport, Umbrella Technologie et Liggo Technologies.

À travers le temps, les réussites s’accumulent. Pourtant, lorsqu’il raconte ces années, Yves préfère parler des personnes qu’il a vues évoluer. Lorsqu’il recrute, il cherche rarement le parcours parfait. Comme consultant, il entendait souvent qu’il n’avait pas assez d’expérience. La réponse lui venait naturellement : je ne manque pas d’expérience, seulement d’ancienneté. Depuis, il voit chez les jeunes ce que d’autres ne voient pas encore, fier d’avoir toujours privilégié les nouveaux diplômés dans ses entreprises. « J’aime leur audace, leur débrouillardise, j’investis en eux dès le début », ajoute-t-il.

 

Une autre façon de bâtir

En parallèle de son mari, Anne Théberge fait carrière en implantation de systèmes d’information dans des domaines aussi variés que le transport de valeurs, les assurances, la paie ou les régimes de retraite. Chaque nouveau poste exige d’apprendre un secteur qu’elle ne connaît pas. « J’ai été bien outillée grâce à mes études, dit-elle. J’ai appris à apprendre à l’Université. »

Pendant que Yves consacre de très longues heures à ses entreprises, Anne veille à l’équilibre de la vie familiale, sans jamais renoncer à sa propre vie professionnelle. « J’ai été la PDG de la famille, résume-t-elle. Mais j’ai atteint mes objectifs, j’ai eu une belle carrière. » À leurs deux filles, elle a transmis l’importance d’être indépendantes, de s’instruire pour être autonomes et ne dépendre de personne.

 

Miser sur la relève

Si les carrières du couple ont emprunté des chemins différents, Yves Proteau et Anne Théberge se rejoignent sur leurs expériences du partage. Pour Anne, celui-ci a d’abord pris le visage de ses parents. Son père était cultivateur, ils avaient de modestes moyens, mais cela ne les a jamais empêchés d’être impliqués dans toutes les organisations de leur village. Chez les Théberge, on ne parlait peut-être pas de philanthropie. On la vivait.

Cette vision, Yves l’a lui aussi exprimée en donnant de son temps. Longtemps riche en valeurs, mais pas dans son compte de banque. Il s’est impliqué auprès d’organisations, accompagnait des entrepreneurs, présidait le chapitre de Québec d’APICS, puis a accepté la présidence du conseil d’administration d’Entrepreneuriat ULaval. Pour lui, partager ses connaissances a été une manière de contribuer.

Aujourd’hui, le million de dollars qu’il remet s’inscrit dans cette continuité. S’il a choisi un don de leur vivant, c’est qu’il veut voir un impact immédiat et participer à ses résultats : « Ce que je donne, il faut que ça rapporte. »

Anne observe tout cela avec le recul de celle qui connaît l’homme derrière le dirigeant : « Il peut paraître dur au premier abord. Mais à l’intérieur c’est comme une guimauve, confie-t-elle. Quand on lui parle de nos filles ou de nos petits-enfants, on retrouve tout de suite l’homme sensible et très généreux. »

Cette confiance mêlée d’exigence envers les autres ne s’est jamais démentie. Au contraire. Les années l’ont renforcée. De la même façon, il constate que la générosité finit par revenir sous une autre forme. « Avec mon don, je sais que ça va me revenir, et je vais redonner encore et encore », affirme-t-il.

À celles et ceux qui bénéficieront de l’engagement du couple, Yves n’adresse finalement pas de recette de succès. Seulement une invitation, la même qu’il lance depuis toujours à ceux qu’il accompagne : « Rendez-moi fier. Impressionnez-moi. » Ce qui l’allume chez les gens, ce n’est pas le diplôme, c’est le cerveau. C’est le goût de se battre pour gagner. « Et quand je vois ça, je suis prêt à tout pour aider les autres à réussir », conclut-il.

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Diplômée - Administration (2014)

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