Portraits

Richard Baillargeon, 2026. Crédit photo : Jérémy Goulet.

Richard Baillargeon

Diplômé en anthropologie

Là où l’image prend forme

Anthropologue de formation, photographe puis professeur à l’École d’art de l’Université Laval, Richard Baillargeon poursuit son engagement envers la relève par un don testamentaire, consacré aux futures étudiantes et étudiants en arts visuels.

Dans le laboratoire, l’image apparaît lentement. L’impression sort de l’imprimante encore tiède et fragile. Une main la saisit par les coins, la porte à la lumière. Tout se joue dans cet écart — une nuance, une justesse qu’on peut chercher longtemps. L’étudiant saura si oui ou non, il lui faudra recommencer.

Aujourd’hui, cet espace fait partie du quotidien de l’École d’art de l’Université Laval. Ça n’a pas toujours été le cas. Pendant longtemps, les étudiants devaient aller à l’extérieur de l’Université pour faire imprimer leurs photographies en couleur et en grand format. Il y avait là un manque important autant au plan de la pédagogie que de la recherche-création. On ne trimballe pas une image dans les rues sans qu’elle ne risque de s’abîmer. En 2002, alors qu’il est chargé d’enseignement et avec l’appui de collègues, Richard Baillargeon s’attaque à cet enjeu. En 2006, lorsqu’il devient professeur à l’École d’art, le projet prend définitivement forme au cœur de l’édifice de La Fabrique et en 2007 on inaugure le Laboratoire intégré de tirage et d’impression numérique (LITIN).

Le Laboratoire permet dès lors aux étudiantes et étudiants de réaliser des travaux de qualité professionnelle et de découvrir différentes méthodes ; un espace de travail et d’exploration, où la technique soutient directement la création.

 

La photo, par les chemins détournés

Ce souci de valoriser la photographie ne date pas d’hier. Bien avant le LITIN, il y eut l’anthropologie. Formé dans ce domaine à l’Université Laval, Richard Baillargeon se trouve vite attiré par le terrain. À la fin de son baccalauréat, il part pour un séjour de recherche de trois mois au Nunavik. Déjà intéressé à cette époque par la photographie, il fera au cours de ses études une recherche sur des photographies anciennes de communautés inuit datant du début du 20e siècle.

Cette expérience lui fait voir autrement le rôle de la photographie. Dans le monde de la recherche, l’image appuie, sans jamais se suffire à elle-même, toujours à distance. « Cette primauté du texte sur la photo, je la remettais en question », explique-t-il.

À partir de là, une idée s’impose : faire de l’image un langage en soi. Elle ne cessera plus de le traverser.

 

Choisir sa voie

Malgré tout, la photographie, qu’il pratique de façon autodidacte, reste en marge. Son père lui dit : « Tu feras ça à côté ». Une passion, oui, mais pas un métier. Il poursuit en anthropologie, travaille en recherche, puis au ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien.

Mais chemin faisant, la création prend de plus en plus de place. Il écrit sur les expositions, sur les livres, s’implique dans le milieu artistique, participe à la création du centre VU, à Québec. Une bicéphalité entre travail et création. Jusqu’au moment où l’équilibre ne tient plus. En 1984, il quitte son poste au ministère et entreprend des études doctorales en sémiologie — science qui étudie les systèmes de signes — avec l’idée d’approfondir ce qui l’intrigue et le passionne : la question de la production de sens par l’image. Il y consacrera une fructueuse carrière de photographe et d’artiste visuel.

 

De l’enseignement au don

Bien des années plus tard, lorsqu’il devient professeur à l’Université Laval, Richard Baillargeon entre dans un autre rapport, celui de transmettre. À l’École d’art, les relations avec les étudiantes et étudiants le marquent durablement. Aux cycles supérieurs, l’accompagnement devient plus étroit encore. « Tu entres dans un rapport un à un avec eux. Le rôle du professeur change : on dialogue, on pose des questions, on les fait réfléchir et à leur tour, ils nous font aussi beaucoup réfléchir », témoigne-t-il. Une relation de confiance s’installe, qui se prolonge parfois bien au-delà des études. Lorsqu’il les recroise, il constate leur évolution, leurs détours, leurs réussites.

Aujourd’hui retraité, M. Baillargeon poursuit cet engagement autrement. En 2019, il concrétise un don testamentaire et crée la Bourse Richard Baillargeon d’excellence en arts visuels et photographie, pour soutenir des étudiantes et étudiants à la maîtrise en arts visuels dont le travail fait appel à la photographie. Cette étape, pour lui, est un moment charnière : après le baccalauréat, les intentions sont plus claires, mais les moyens, eux, se font rares. « Un tel soutien, ça peut faire toute la différence entre continuer ou arrêter », souligne-t-il.

Richard Baillargeon, Autoportrait (Saint-Irénée), 1988, photographie argentique.

Même après ce don, sa réflexion a évolué et cette année, il a choisi de léguer un montant supplémentaire pour sa bourse. « La philanthropie, ce n’est pas une décision figée, confie-t-il. Je continue de cheminer comme donateur et mon geste s’inscrit dans la continuité. »

Et pourquoi avoir choisi le don testamentaire ? Pour amplifier son impact, tout simplement. « Je n’aurais pas les moyens de donner de gros montants dès maintenant, sans le planifier. C’est bien d’avoir un impact immédiat, mais ça n’est pas accessible à tout le monde. En incluant ce don dans mon testament, j’ai l’occasion d’offrir davantage que ce que je pourrais actuellement. »

Donner, c’est aussi pour lui une manière de prolonger ce qu’il a accompli pendant des années à l’École d’art. « Parfois, ce n’est pas que l’aspect financier qui compte — c’est le fait d’avoir quelqu’un qui croit en toi », déclare-t-il, évoquant l’effet d’une telle reconnaissance dans une pratique artistique souvent traversée par le doute et les remises en question.

L’étudiant repose son regard sur le tirage. Cette fois, il prend un peu plus de temps. Autour de lui, tout est là : les machines et les rencontres — un laboratoire qui n’allait pas de soi, qu’il a fallu imaginer et bâtir. Cet espace porte encore la trace de ceux qui l’ont voulu. Il repose le papier, se remet au travail.

Contacter l'équipe Pérennia

Nous pouvons communiquer avec vous au moment de votre choix et ce, en toute confidentialité. Simplement remplir le formulaire ci-dessous et nous entrerons en contact avec vous. Vous pouvez aussi nous laisser un message dans la case commentaires ou informations à nous transmettre.