Richard Fortin et Lise Paquet ont inscrit leur fondation familiale dans le temps long, avec cette volonté de donner un sens collectif à une réussite individuelle. Leur don à FSA ULaval soutient des actions concrètes, près du terrain, auprès des étudiantes et étudiants qui en ont le plus besoin. La portée de cet engagement les fait entrer comme 67es membres du programme philanthropique Les Cent-Associés.
D’un milieu modeste aux grandes banques
Issu d’une famille d’ouvriers, Richard Fortin grandit à Loretteville, dans une petite maison située non loin de la tannerie où son père travaille. Sur l’heure du dîner, celui-ci revient manger, la proximité du foyer permettant ces parenthèses quotidiennes. Un midi pourtant, quelque chose se fissure dans l’ordinaire. Monsieur Fortin se souvient encore de la lettre qu’il a reçue ce jour-là. Sa demande d’admission à l’Université Laval vient d’être acceptée. La porte ouvre, son père entre, il lui tend l’enveloppe. « Je n’avais jamais vu mon père pleurer. Mais là, il a fondu en larmes devant moi. On a pleuré tous les deux, ça a été un moment très intense », se remémore-t-il. Il deviendra ainsi le seul des quatre enfants à aller à l’université, et le tout premier de sa famille.
De ces trois années en administration des affaires, M. Fortin retiendra surtout la camaraderie et les amitiés. Il n’aime guère la comptabilité, mais la finance le passionne :
« J’ai adoré mon parcours et je suis aujourd’hui encore conscient que, sans les prêts et bourses, je n’aurais jamais pu y accéder. »
En 1970, tout juste diplômé, il se présente aux entrevues d’embauche de plusieurs banques. Les réponses arrivent. Trois, puis quatre offres. Il choisit la Banque de Montréal. Il apprend vite, travaille avec acharnement, mais après quelques années, sent qu’il a besoin de changement. Cette décision le fait revenir à Québec, de 1976 à 1980, au sein de la Banque Mercantile du Canada. « C’était vraiment une belle opportunité pour moi, car la banque visait les comptes d’un million de dollars et plus, raconte-t-il. C’est là que j’ai côtoyé ce qu’on appelle le Québec inc., les grands entrepreneurs qui sortaient du lot. »
Lorsque le marché canadien s’ouvre aux banques étrangères, Richard Fortin y voit l’esquisse de nouveaux défis. Ainsi change-t-il de trajectoire, une fois de plus. Il accepte de gérer le Québec pour la Société Générale, une banque française. Sa carrière se sera construite par cycles, comme une hypothèque qu’on renégocie régulièrement, se dira-t-il plus tard, sourire en coin.
Après 13 ans dans le monde de la finance, l’envie de bâtir autrement se profile. C’est à ce moment crucial qu’un ami allumera en lui la flamme des affaires.
La rencontre avec Alain Bouchard : d’intuition et d’audace
Tout remonte à une simple soirée d’anniversaire; de lointaines connaissances communes. Richard Fortin ne connaît alors rien d’Alain Bouchard et néanmoins, ils se retrouvent à passer la soirée ensemble, à parler sport, affaires, politique… Ils se lient d’amitié.
Lorsqu’Alain Bouchard acquiert ses premiers dépanneurs indépendants, celui-ci lui propose de devenir son conseiller financier. « Je lui ai dit que s’il voulait un expert en finance pour faire croître la compagnie, je pourrais l’aider non pas comme employé, mais comme partenaire et investisseur. Je pensais que ça prendrait des années, or après à peine quelques semaines, le téléphone a sonné », se souvient M. Fortin. C’est ainsi qu’il devient associé et qu’Alimentation Couche-Tard prend son envol, avec à l’époque une douzaine de magasins au Québec.
Ce qui commence comme une aventure d’affaires devient, au fil du temps, une réussite d’envergure mondiale. L’entreprise se développe et franchit les frontières. Aujourd’hui, ce sont plus de 17 000 magasins à travers la planète qui témoignent de cette ambition devenue réalité.
La philanthropie comme vision familiale
Dans sa vie personnelle, Richard Fortin a incarné la même loyauté qu’en amitié. Au tournant de sa vingtaine, dans une salle de danse de la 1re avenue à Québec, il rencontre Lise Paquet : « Ça a tout de suite cliqué et elle est devenue ma conjointe. » Lise l’encourage et le suit à chaque déménagement, chaque virage, y compris lorsque le choix de quitter la finance pour l’entrepreneuriat semblait déraisonnable aux yeux de tous.
55 ans plus tard, elle est toujours à ses côtés. Et c’est ensemble qu’ils ont choisi de créer la Fondation Lise et Richard Fortin. Pour M. Fortin, le constat était lucide : il a travaillé fort, a eu beaucoup de succès, mais sans doute tout autant de chance. Être privilégié oblige.
Avec Lise, ils réfléchissent, mesurent leur impact, choisissent soigneusement les causes qu’ils souhaitent appuyer. « Pour nous, c’est avant tout les personnes vulnérables : les malades, ceux qui vivent dans la rue, les victimes de violence, affirme-t-il. Et l’éducation, naturellement. Ça fait partie de la solution pour améliorer le sort du plus de gens possible. »
À l’Université Laval, les dons de Lise et Richard sont dirigés vers la Faculté des sciences de l’administration. Leur générosité soutient des étudiantes et étudiants moins fortunés, talentueux, travaillants, mais qui n’ont pas les moyens de porter seuls toutes leurs ambitions. « J’étais comme eux, je me vois encore à leur place, alors je suis plus sensible à ce genre de situations », admet M. Fortin.
Récemment, la transmission a pris racine au cœur de son engagement philanthropique. Son fils est impliqué, et même ses trois petits-enfants participent à la fondation. « On leur demande de choisir une cause, de la défendre, puis d’aller voir sur le terrain. Ces rencontres avec les organismes, ça les ramène les deux pieds sur terre, leur ouvre l’esprit et les conscientise », avance-t-il.
Richard Fortin et Lise Paquet espèrent qu’à travers la fondation, leur idée de la philanthropie leur survivra, se transmettant de génération en génération dans la famille.
Le parcours de Richard l’a mené des rues de Loretteville aux grandes places financières, puis à une réussite entrepreneuriale hors norme. Mais au bout du chemin, ce sont ses valeurs qui demeurent. Celles d’un homme qui n’a jamais oublié d’où il venait, ni le regard de son père ce jour où une lettre a changé le cours des choses. Aujourd’hui, ce souvenir continue de l’accompagner, non plus vers sa propre ascension, mais pour ouvrir la voie à d’autres.