Dans leur générosité, le couple que forment Claude Violette et Jocelyne Bergeron incarne la force tranquille de la philanthropie : deux passions, deux parcours uniques, mais un même désir de transmettre notre langue et notre culture aux générations futures. Ensemble, ils créent un pont entre patrimoine et savoir, entre histoire et avenir.
Pour les langues, celles d’ici et d’ailleurs
Jocelyne Bergeron a consacré une grande partie de sa carrière aux langues. Elle a d’abord réalisé une carrière institutionnelle, puis une carrière de consultation à l’international. Avec en poches une maîtrise en didactique des langues de l’Université d’Ottawa, elle a passé une vingtaine d’années dans le domaine, avant de s’orienter vers la gestion. Elle sera notamment nommée directrice générale adjointe de la Commission scolaire de Montréal en 1993. Véritable pionnière, elle a brisé les barrières et est devenue la deuxième femme à occuper un poste à la direction générale de la Commission.
Viendront ensuite de nombreux mandats à l’international, surtout au Maroc, en Tunisie et en Algérie, au cours desquels elle contribuera à implanter des projets de formation, guidée par sa vaste expérience en éducation.
Tout au long de son parcours, elle aura trouvé le soutien auprès des hommes de sa vie. « Le premier a été Jean Drouin, mon mari durant 40 ans, qui m’a épaulée dans mes études et mon travail. Aujourd’hui, mon conjoint Claude Violette est mon meilleur conseiller, il m’a accompagnée dans mes voyages et, grâce à lui, j’ai trouvé la persévérance pour suivre mes rêves », raconte-t-elle.
Une fenêtre sur l’histoire
Claude, quant à lui, a nourri sa vie d’intérêts multiples. Il a découvert l’envoûtante lumière des vitraux médiévaux à l’occasion de ses visites de cathédrales en France. Avocat et également fondateur du restaurant Chez Queux, il a dans son établissement exposé et redonné une nouvelle vie à ces objets qui ont traversé plus de sept cents ans d’histoire, qui ont vécu des guerres et révolutions, qui sont disparus et se sont retrouvés dans l’atelier du maître verrier, Michel Acézat à Paris
Partageant cette passion avec son frère Jean-Guy, qui faisait alors son doctorat à la Sorbonne, Claude Violette a acquis à l’hôtel Drouot, place phare du marché de l’art français, ces pièces fragiles et précieuses, témoins silencieux d’une époque depuis longtemps révolue. Ces fragments de couleur et de mémoire renferment un récit : le souffle des verriers, l’éclat des grandes nefs, la minutie des techniques anciennes. Pour Claude, plus que des objets, elles sont des œuvres d’art qui forment une ouverture dans le temps et représentent une mine d’or d’informations sur la vie des gens au 13e siècle.
Un engagement pour servir deux causes
L’idée de donner des objets d’une si grande valeur à la Bibliothèque de l’Université Laval est venue naturellement pour M. Violette. « Mon frère y a été professeur et il avait décidé de léguer ses propres vitraux à l’Université. La Bibliothèque était toute désignée pour recevoir les miens, afin que notre collection soit réunie », dit-il. Roland Sanfaçon, qui a enseigné l’art médiéval à l’Université Laval, a été un autre contributeur important dans cette histoire, participant activement aux recherches sur les origines et l’authenticité des vitraux.
Le geste de Claude Violette complète ainsi un ensemble rare et cohérent, qui permet de suivre l’évolution des thèmes et techniques du vitrail décoratif au Moyen Age: « Je voulais transmettre ma collection à une institution qui va les protéger, les étudier, les mettre en valeur et les enseigner. »
Son don a été suivi par celui de Jocelyne Bergeron, destiné au Département des langues, linguistique et traduction. Il permet de créer les bourses Jean Drouin et Jocelyne Bergeron, qui appuieront des étudiantes et étudiants en didactique des langues aux cycles supérieurs. « C’est Claude qui m’a initiée à la philanthropie, témoigne-t-elle. J’ai trouvé que c’était une belle occasion de redonner à quelque chose de fondamental : garder le français bien vivant au Québec, tout en s’ouvrant à la diversité des langues. » Tout au long de sa carrière et partout où elle est allée, Mme Bergeron a réalisé qu’il est possible de bien parler sa langue maternelle et d’en maîtriser d’autres. « Quand on apprend une langue, ce ne sont pas que des mots qu’on acquiert, c’est aussi une culture et une certaine vision du monde », précise-t-elle.
Pour Claude Violette et Jocelyne Bergeron, la place cruciale qu’occupe la langue française à l’Université Laval demeure un symbole inspirant pour l’avenir. « Je crois beaucoup au Québec et en la Capitale nationale, confie Mme Bergeron. Chaque fois qu’on vient dans cette ville, on est étonnés de voir le début de notre histoire. Je pense que le programme en didactique des langues de l’Université Laval a bien compris notre place dans le monde, en ayant réuni le français, l’anglais et l’espagnol, les trois langues de l’Amérique qui sont aussi des langues internationales. »
C’est ici que se rejoignent les engagements de Mme Bergeron envers les langues et de M. Violette pour la pérennité de ses vitraux : dans la conscience, la valorisation et la préservation de nos origines. « Il y a tellement de richesse humaine dans le fait de savoir d’où l’on vient », conclut Claude Violette.