À l’Université Laval, la communauté de recherche se mobilise grâce à un engagement philanthropique renouvelé de Power Corporation du Canada.
Le 18 février, à la salle Power Corporation du Canada, un événement de reconnaissance a permis de mettre en lumière les avancées de la Chaire de recherche Démocratie et éthique publique, soutenue par un don majeur de l’entreprise et dirigée par Patrick Turmel, professeur titulaire en philosophie politique. Ce moment mémorable a réuni, sur le campus, la communauté universitaire et des membres de la direction de Power Corporation du Canada, dont M. Paul C. Genest, premier vice-président.

Partout dans le monde, la démocratie traverse une période de turbulences. Polarisation, désinformation, montée du populisme et crises géopolitiques : les signaux d’alarme se multiplient et la confiance des citoyens envers nos institutions démocratiques se voit ébranlée.
Devant l’ampleur de ces enjeux, la Chaire a été inaugurée le 30 avril dernier. L’équipe du professeur Turmel a déjà mis sur pied plusieurs initiatives pour sensibiliser la communauté de recherche et la population, dont trois colloques d’envergure internationale, des tables de discussion, un balado et une série d’entrevues dans les médias.
Une chaire au cœur de l’actualité
Dans une approche de recherche interdisciplinaire, la Chaire vise à mieux comprendre les menaces qui pèsent sur les démocraties contemporaines et à jouer un rôle actif dans le débat public.
Le panel Défendre la démocratie : pourquoi et comment a donné la voix à quatre spécialistes aux expertises complémentaires. Autour du professeur Turmel, on retrouvait Jonathan Paquin, directeur de l’École supérieure d’études internationales de l’Université Laval ; Karine Milaire, avocate et professeure en droit constitutionnel et autochtone à l’Université de Montréal ; Jocelyn Maclure, professeur de philosophie et titulaire de la Chaire Jarislowsky sur la nature humaine et la technologie à l’Université McGill, ainsi que Mélanie Guillemette, doctorante en philosophie politique à l’Université Laval.

Les échanges ont permis de cerner les défis pressants auxquels font face les sociétés démocratiques. Parmi les enjeux mis en lumière :
La fragilité croissante de la démocratie au Canada même
Les panélistes ont rappelé que « le Canada n’est pas à l’abri de dérives autoritaires », soulignant la méfiance qu’éprouvent de nombreux jeunes adultes envers les institutions actuelles. Les 18-35 ans, ont-ils observé, « ne se reconnaissent plus dans la démocratie telle qu’elle fonctionne aujourd’hui ». Il est essentiel de les écouter, de comprendre l’origine de ce désenchantement et d’expliquer en quoi un régime autoritaire limiterait tôt ou tard leurs droits et libertés individuels. Ils ont aussi insisté sur le fait que la démocratie ne repose pas uniquement sur les institutions politiques, mais également sur l’engagement des citoyennes et des citoyens.
La dégradation du discours public
Jonathan Paquin a dénoncé le vocabulaire de plus en plus agressif utilisé entre certains élus, un phénomène qui « appauvrit le débat public » et nuit à la cohésion sociale. Selon lui, les responsables politiques doivent se montrer exemplaires : ils ont la responsabilité de préserver la paix sociale et de rétablir un dialogue respectueux.
Des menaces juridiques bien réelles
Karine Milaire a mis en garde l’auditoire au sujet du projet de loi 1 sur la Constitution du Québec et des dérogations potentielles aux droits civils. Elle a rappelé l’importance historique de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, soulignant que ces acquis ne doivent jamais être considérés comme allant de soi. « Il faut se souvenir pourquoi ces droits ont été instaurés il y a près de 100 ans et redoubler d’efforts pour les protéger », a-t-elle affirmé.
Un rôle essentiel pour les universitaires
Les panélistes ont tous réitéré l’importance de poursuivre une recherche rigoureuse, ancrée dans l’interdisciplinarité, et de transmettre leurs connaissances à la population. Dans une époque marquée par les réseaux sociaux, l’intelligence artificielle et la désinformation, cette mission est plus cruciale que jamais pour aider les citoyennes et citoyens à développer un esprit critique.
La rectrice de l’Université Laval, Sophie D’Amours, a aussi pris la parole pour exprimer sa gratitude à Power Corporation du Canada et souligner l’importance cruciale des universités dans la préservation de la démocratie. « Elles offrent des espaces uniques où les idées peuvent être débattues avec rigueur, nuance et liberté. Les travaux de la Chaire de recherche sur la démocratie et l’éthique publique illustrent parfaitement cette mission », a-t-elle notamment déclaré.
Un engagement qui traverse les décennies
Cet événement a permis de souligner l’extraordinaire lien qui unit Power Corporation du Canada et l’Université Laval depuis près de 40 ans. Pour l’occasion, la rectrice a remis une plaque de reconnaissance du Cercle du savoir collectif à M. Genest pour le remercier d’être un si précieux allié de notre mission universitaire et d’inspirer notre communauté par sa vision et son leadership.


À l’heure où la démocratie est remise en question un peu partout sur la planète, ce nouvel engagement rappelle qu’investir dans la réflexion, le dialogue et l’ouverture sur le monde devient plus que jamais essentiel.