Stéphanie Harvey : la championne de jeu vidéo qui veut laisser sa marque
Dans le cadre de la série d’articles Que sont devenus nos Remarquables?, la Direction de la philanthropie et des relations avec les diplômées et diplômés s’est entretenue avec Stéphanie Harvey, lauréate du prix Jeune diplômé en 2013.
Cinq fois championne du monde du jeu vidéo Counter-Strike, Stéphanie Harvey s’est d’abord fait connaître comme athlète professionnelle en sports électroniques (Esports). Depuis, elle a accumulé les distinctions : elle est apparue au palmarès Forbes 30 under 30 en 2014, a remporté l’émission Canada’s Smartest Person en 2016, a reçu un prix pour l’ensemble de sa carrière (Lifetime Achievement) aux Esports Awards en 2021, puis a été couronnée grande gagnante de Big Brother Célébrités en 2022.
Stéphanie Harvey est aujourd’hui vice-présidente exécutive stratégie (traduction libre de Executive Vice President Strategy) au sein de l’équipe de sport électronique FlyQuest qui appartient aux propriétaires des Panthers de la Floride. « Je m’occupe de tout ce qui est en rapport avec la culture de l’entreprise. Si l’équipe du marketing réalise une campagne, je m’assure qu’elle est bien alignée avec nos valeurs, par exemple. » Elle est aussi directrice générale de trois divisions de FlyQuest : la division RED, la division féminine et celle des jeux de combats. Un rôle de gestion complexe, semblable à celui d’un DG dans les ligues sportives traditionnelles. « Il y a la pression des finances, la pression de performance, on doit gérer les personnalités des joueurs, certains ont 16 ans, d’autres ont 30 ans… On doit renvoyer beaucoup de joueurs, on doit en courtiser d’autres, négocier des contrats avec des agents, etc. C’est très difficile. » Malgré ces défis, elle affirme avec enthousiasme qu’elle est fière de sa trajectoire et qu’elle adore son travail.
Changer les comportements
Par des conférences et un cours universitaire qu’elle a monté de A à Z, Stéphanie Harvey œuvre à éduquer les jeunes et les moins jeunes à la cybercitoyenneté. Ce cours, intitulé Éthique, Santé et Bien-Être en Sports électroniques, est offert chaque automne à l’Université du Québec à Trois-Rivières. Il aborde les bons comportements à adopter dans les environnements numériques, autant dans les jeux vidéo que sur le Web en général. « J’essaie que les gens comprennent le concept de cybercitoyenneté et ce que c’est qu’être un bon citoyen virtuel. » Une tâche complexe en raison de l’absence de règle sur le Web et du rapport différent qu’entretient chaque génération avec les nouvelles technologies. « Partons du fait qu’il y a un nouveau médium que l’on consomme maintenant 50 % de notre temps éveillé et que personne ne nous a jamais montré comment l’utiliser », explique Stéphanie pour illustrer l’ampleur du défi. À cela s’ajoutent des gens qui ont connu le monde avant l’avènement d’Internet et d’autres pour qui Internet fait partie intégrante de leur vie. « L’une de mes stagiaires chez FlyQuest me disait : Je ne sais pas comment vous faisiez quand il n’y avait pas Internet. Elle ne pouvait pas concevoir que Google n’existait pas quand j’étais jeune. »
L’utilité de sa formation
« Aujourd’hui, sans formation universitaire ou sans atout autre qui peut servir à une compagnie, c’est difficile pour les athlètes de sport électronique d’avoir une après-carrière. » Titulaire d’un baccalauréat en architecture de l’Université Laval et d’un DESS en design de jeu de l’Université de Montréal, Stéphanie Harvey reconnaît la complémentarité de ses formations. Pendant ses sept années chez Ubisoft comme designer de jeux vidéo, elle a souvent constaté beaucoup de similitudes entre ses deux disciplines. « En architecture, on pense à la forme, visuellement parlant, mais aussi à la fonction pratique du bâtiment pour les utilisateurs. Même chose en jeu vidéo. On veut que le joueur ait la meilleure expérience, donc on pense « forme », mais on pense aussi « fonction » en se demandant comment le joueur va interagir avec le jeu. »
L’expérience Big Brother
Sa participation à Big Brother Célébrités Québec, qu’elle a remportée en 2022, fut marquante. Isolée du monde extérieur pendant 92 jours, elle décrit cette expérience comme intense, tant sur le plan émotif que mental. « Ton monde devient petit. Quand quelqu’un se fait sortir du jeu, c’est comme s’il était mort. Et quand l’un de tes alliés remporte un défi, c’est comme si tu venais de gagner à la loterie. » Pour rester ancrée dans la réalité lors de sa deuxième participation à l’émission en 2025, elle s’était préparée mentalement et avait développé quelques outils. « Je m’étais écrit des petits mots comme : quelle est la pire chose qui peut t’arriver? Je vais sortir de la maison et je vais retrouver mon chien. »
L’appel du Québec
Aujourd’hui installée à Los Angeles pour son travail, Stéphanie pense souvent à un éventuel retour au pays. « Je suis très heureuse dans mes fonctions actuelles, mais parfois je me demande ce que je pourrais faire au Québec. » Si le sport et les jeux vidéo restent ses grandes passions, elle est convaincue que son expérience de gestion et sa vision de la culture d’entreprise pourraient être mises au service de plusieurs milieux. Elle évoque même avec humour un avenir en politique. « Je m’imagine parfois devenir ministre de l’Internet pour le Gouvernement du Canada », confie-t-elle. « Depuis que je ne suis plus une athlète de sport électronique, tout ce que je veux, c’est faire une différence. »